Dans la peau d’un athlète : retour sur une course intense
Chaque compétition est une expérience unique, faite de défis, d’émotions et d’adrénaline. Entre la pression du départ, l’effort intense et l’euphorie de l’arrivée, une course laisse toujours des traces, aussi bien physiques que mentales. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Nicolas Drouart, qui témoigne de son parcours en Championnat du Monde Indoor, version connecté, sur 2000m.
Pas ” juste de la souffrance…”
Principe de base :
Peu importe le chrono, si tu termines ton 2000 sans être allé au bout de toi même, c’est que tu dois le recommencer car tu n’as pas le niveau !
10′ avant :
Je ne rentre dans cette phase énergivore qu’au dernier moment.
Conditionnement psychologique. Ça va être dur pour tout le monde. Peu importe le niveau et le background. Personne ne fait ça par hasard.
Points d’ancrage et cheminement psychologique :
• ”Aujourd’hui, c’est toi!”
• La voix de Nelson, son énergie me nourrit.
• ”Aujourd’hui, c’est toi!”
• On a fait la prépa à fond donc on va aller au bout sereinement. Je souligne l’importance d’aller au bout de chaque entraînement et de ne pas tricher avec soi-même lors de la prépa. Être gourmand, ne pas s’économiser, jamais.
• Derniers conseils sur la gestion tactique.
• ”Aujourd’hui, c’est toi!”
• Les épreuves de ma vie que j’ai traversé et qui m’on rendu plus fort.
• ”Aujourd’hui, c’est toi!”
• Ça va être dur, mais je suis dur moi aussi. Et je suis plus dur que 6’05” de plaisir. Je ne plierais pas.
• ”Aujourd’hui, c’est toi!”
• Acteur sur chaque coups, cohérence dans le mouvement, attention à ne pas se raidire, souple, ventile, grandis-toi sur le devant et oublie tes bras.
• Arrache tout, sois méchant !
• ”Aujourd’hui, c’est toi!” ( en boucle jusqu’au ” partez ” )
La course :
1. Les premiers 500 m:
véloce, facile, puissant , lance ta roue. On y est, on avance ! j’ai l’image de végéta de DBZ qui explose et fait trembler la planète (#pourlesjeunesnésavant90). J’essaie de ne pas m’emballer. Je sens la tension des copains derrière moi. On y va tous ensemble, je ne serais pas seul dans ma souffrance.
2. 1000 suivant :
début de l’ascension, la déferlante, ce mur qui paraît infranchissable. C’est à ce moment précis où les pensées négatives te tirent vers le fond. La sensation d’être dans un TGV lancé à pleine vitesse qu’on ne peut pas arrêter. Je me fais bouger dans tous les sens. Je dois reprendre le dessus et je m’accroche à l’énergie de Nelson, de Valérie et de tous les copains qui poussent avec moi. Je dois sortir de là ”frais” pour le dernier virage, la porte du 500. Donc je ne vois pas plus loin que le prochain coup et je visualise ma vitesse au 500.
Je reprends le dessus. On sort du 1500. Dur, entamé…
3. Les derniers 500m :
ton corps te supplie d’arrêter, tu fermes les yeux, mais tu continues…la force du mental sur le physique, c’est maintenant! Je suis plus fort que ça.
1min30 dans une vie, c’est quoi ?
Reste 400m. Ça hurle derrière et devant moi, je n’entends plus rien mais je sens l’énergie qui me pousse, me hisse, me tire.
Maintenant je ne le fais plus pour moi mais pour tous ceux qui sont venus et qui croient en moi, pour le club.
Reste 300m, raccourci le mouvement et lance les jambes. Ça brûle !! C’est long!!
Reste 200m, lance le dos et tire sur les bras. ” ferme les yeux lâche tout.”
Reste 100m, c’est fini…3 coups, 2 coups, jusqu’au bout, dernière poussée. On ne lâche pas avant le ”0”.
J’ai la sensation que mon corps va rompre et que je vais exploser. STOP. Hurlements dehors et black-out total à l’intérieur. J’ai l’impression que d’être une machine à vapeur qu’on a poussé trop fort trop longtemps, que boulons et ressorts vont voler dans les tous les sens…je suis allé au bout de moi-même, contrat rempli !
Peu importe le chrono à cet instant car de toute manière, je n’aurai pas pu donner plus. C’est le plus important. Aucun regret !
Debrief à chaud entre moi et moi-même :
H0 à H+ 3′ : plus jamais ça, quel enfer, je ne peux plus bouger. Mes muscles ne sont que douleur. Je sens le lactique monter très fort comparable à un shoot.
H+3′ à H+ 6′ : ”Comment aurais-je pu mieux faire ? Que dois-je travailler? T’as vraiment envie de recommencer ? (Tu montes en finale mec, va bien falloir ! ”)
H+6′ à H+12′: Prochains objectifs. L’année prochaine j’accroche le top 10! Paris tenu!! J’en suis capable. Je vais tout donner.
Le lactique redescend. Ne restent que les bons moments, les sourires des copains, la joie et l’échange.
Debrief à froid:
Le lendemain :
” Salut Nelson, comment tu vois la suite ?! Comment on gagne 6” en 1 an ? Je veux passer sous les 6′ !
Ok, on est reparti ! Nouvelle page, nouvelle aventure, nouvel objectif. Rdv sur l’eau désormais.
Conclusion
L’enchaînement des trois courses est évidemment très compliqué car il faut se remobiliser. C’est dur, ça pique mais c’est le même tarif pour tout le monde. Peu importe le niveau.
Cependant, la présence des copains est une force incroyable. Chacun devient l’acteur de ce moment et c’est ainsi qu’il devient mémorable.
L’ACTION du groupe est un MOTEUR très puissant.
”MOTEUR/ACTION= MOTIVATION ”.
L’importance de la prépa est de tout faire à fond afin de pouvoir tout donner et d’assurer jusqu’à la fin et surtout de pouvoir être serein sur la ligne de départ. Ça me permet de ne pas perdre d’énergie dans les dernières minutes avant le départ sur des questionnements métaphysiques de type ” j’aurai dû ou j’aurai pû”, c’est inutile.
Les dès sont jetés, aux résultats.
S’il me reste de l’énergie à la fin des blocs, j’en refais un, voir je double les séquences à l’entraînement et tout au long de la prépa. Les objectifs à moyen et long terme sont primordiaux lors de cette période, cela permet d’accroître la confiance en soi et d’éviter les refus d’obstacles ( comme dans la vie, finalement) C’est ça, ne pas tricher avec soi-même !
Le repos, l’alimentation et la joie de vivre sont essentiels. Ils sont les meilleurs carburants.
Enfin, ce type d’expérience, car il en existe plein et dans tous les domaines de la vie, est avant tout une expérience sur soi-même, que l’on partage avec son entourage, son préparateur ( Nelson) et les encadrants de la nautique que je remercie encore à travers ces lignes.
Elle est transposable à volonté et fait avancer, passer des caps ou juste sentir l’intensité de la vie.
L’échange avec les copains du clubs le jour J est très puissant, très intense et très profond. Chaque poignée de main et chaque regard compte.
La plus belle des victoires est avant tout sur soi-même.
Rdv l’année prochaine.
Un grand merci à tous !
Nico
Une leçon de courage et d’humilité
Un Immense Merci à Nicolas pour son témoignage. Il prouve que le sport est une école de persévérance, où le travail et la détermination sont les clés du succès. Pour les jeunes, son parcours rappelle qu’au-delà des victoires, c’est l’effort et l’humilité qui forgent les plus grands champions.